Mondragón et la crise

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Mondragon : Comment le groupe coopératif le plus mondialisé traverse-t-il la crise ?

par Jean-Pierre Pellegrin

Statistiques

Né il y a 54 ans les coopératives de Mondragon se définissent toujours comme un groupe « basé sur les personnes », visant à « promouvoir une société plus juste en créant des emplois, en assurant la promotion des personnes et en répartissant les résultats », sur la base d’une « triple participation » (à la gestion, aux résultats et à la propriété).

Plus grande entreprise du Pays basque, 7ème d’Espagne, le Groupe se compose (fin 2009) de 255 entreprises avec 77 établissements à l’étranger. En 2009 son CA a été de 13,8 Mds d’€ et il emploie 85 000 travailleurs (coopérateurs et salariés) dont 40% en Euskadi, 44% dans le reste de l’Espagne et 16% à l’étranger.

Ses activités reposent sur 4 secteurs : l’industrie (12 branches), la distribution, les finances et la connaissance. En longue période sur 15 ans (1994 à 2009), sa croissance a été spectaculaire : de 0,5 à 5,3 Mds d’€ de ventes dans l’industrie et de 1,16 à 8,5 Mds dans la distribution tandis que les encours de sa banque passait de 2,7 à 14Mds d’€ et les effectifs employés augmentaient de 26 000 à 85 000.

Effets de la crise

La période Juillet 2008 à Juillet 2009 a été très difficile, avec une baisse brutale de 11% de ses ventes et une réduction de l’équivalent de 5000 postes de travail soit 8% de ses effectifs en Espagne par recours au chômage partiel, à la réduction de la durée du travail et à des licenciements. Les résultats de l’année 2009 furent cependant positifs, avec un excédent de 2,3 Mds d’€. En 2010 le Groupe a pu réembaucher 1300 des salariés licenciés et ne prévoit aucun licenciement en 2011.

Réponses à la crise

Pour affronter la récession le Groupe a procédé à des réductions d’investissement, des stocks et des couts de fonctionnement ainsi qu’à des économies sur les achats. Mais il n’a réduit ni ses dépenses d’éducation/formation, ni ses dépenses de R&D : 10% des ressources y sont affectés dans ses 12 centres technologiques qui emploient 1000 personnes, détiennent 705 brevets et participent à 60 projets de recherche nationaux et internationaux. La plupart des entreprises industrielles du Groupe sont très exposées puisque 63% de leurs ventes se font à l’export, surtout dans l’UE. L’un des objectifs a été d’accroitre la part (12% en 2009) des exportations dans les pays émergents.

L’adaptation à la mondialisation

Outre les investissements en R&D, le Groupe dispose d’une université (3500 étudiants) dans 4 campus, très intégrés aux entreprises et aux centres technologiques, ainsi que de centres de formation (7500 inscrits) où sont dispensées des formations à la fois techniques et à la gestion. Un sur 5 des produits (biens ou services) vendus en 2009 n’existait pas 5 ans avant.

Le Groupe a renforcé l’inter-coopération entre firmes de chaque branche industrielle pour réaliser des économies d’échelles. Cette inter-coopération par ses Fonds (où sont affectés 10% des excédents nets) permet de financer des emplois, initiatives et projets sociaux locaux.

Ces dernières années le Groupe a investi dans deux nouveaux secteurs de la santé et de l’énergie et - dans le cadre de ses engagements de durabilité - dans la gestion de l’eau, l’efficience énergétique et la voiture électrique.

Il dit avoir acquis des « compétences spécifiques » sur les marché extérieurs en pratiquant ce qu’il appelle « une diplomatie d’affaires » dans les pays émergents, - BRIC, Vietnam, Chili et Mexique -, en installant des plates formes d’achat dans les pays à faible cout, en implantant des établissements en Inde et en Chine et « en captant des innovations dans d’autres pays ».

Le Groupe entretient et réaffirme sans cesse ses valeurs et ses missions « coopératives » et ses 4 principes : coopération, participation, responsabilité sociale et innovation. Un Centre de formation du management coopératif et un Centre de Gestion sur l’Innovation organisationnelle et sociale http://www.mik.es ont développé des outils de gestion coopérative et en lien avec des partenaires y compris des ONG, un concept de « RS partagée dans un environnement mondialisé ».

Mais il a du renoncer à la règle de l’écart des salaires de 1 à 3 et payer ses cadres « au niveau du marché », moins 30% en application de « l’engagement de solidarité ». En s’internationalisant le % d’associés a baissé ; il est de l’ordre de 65% (avec l’objectif est de remonter à 75%), mais il atteint 88% dans le Pays basque ;

Le Groupe Mondragon dit se situer dans un rapport permanent de « compromiso » (qui en espagnol signifie à la fois compromis, engagement, obligation et tensions) avec le capitalisme. Il est très fier de démontrer que dans un tel système, une « entreprise organisée démocratiquement » peut réussir.

Sources

Sites web du Groupe dont http://www.mondragon-corporation.com (avec une version en français)
N° spécial d’El Pais Euskadi du 2 avril 2011
Informations privées


J P Pellegrin/Mai 2011